
Le sport en République Gabonaise ne se limite pas à une simple agrégation de disciplines physiques ; il constitue un vecteur fondamental de l’identité nationale, un outil de diplomatie internationale et un miroir des évolutions sociopolitiques du pays depuis son indépendance.1 Historiquement, le développement du sport au Gabon a été marqué par une centralisation étatique forte, où le gouvernement a assumé la quasi-totalité de la charge financière et organisationnelle du secteur.2 Cette implication directe a permis l’émergence d’infrastructures de classe mondiale et la formation d’élites sportives dans des disciplines variées, allant du football aux arts martiaux, tout en créant une dépendance structurelle vis-à-vis des subventions publiques.2 À l’aube de 2025, alors que le pays traverse une période de transition majeure sous l’égide du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), le secteur sportif fait l’objet de réformes profondes visant à restaurer la transparence, à réhabiliter les infrastructures et à dynamiser les championnats nationaux.4
Les Fondements Historiques et l’Évolution de la Pratique Sportive
L’introduction des sports modernes au Gabon remonte à l’époque coloniale, principalement par l’entremise des missions religieuses et de l’administration française.2 Le football, sport emblématique du pays, a été introduit en 1897 par Owandault Berre, marquant le début d’une ferveur populaire qui ne s’est jamais démentie.7 Le premier match officiel organisé dans le pays a eu lieu le 27 novembre 1927 à Libreville, dans le quartier de Glass.7 Cette période initiale a vu le sport s’implanter progressivement sur le littoral avant de pénétrer l’intérieur des terres par les voies fluviales.2
Après l’accession à l’indépendance en 1960, le Gabon a entrepris de structurer son paysage sportif. La Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT) a été fondée en 1962, sous l’impulsion de pionniers tels qu’Augustin Chango, et le premier championnat national a vu le jour en 1968.7 Cette volonté de structuration a conduit à une hiérarchisation stricte des activités sportives, l’État devenant le principal architecte du développement physique des citoyens à travers le Ministère de la Jeunesse et des Sports.10 Les années 1970 et 1980 ont été marquées par la création de clubs corporatistes puissants, souvent liés aux industries extractives et pétrolières, tels que l’AS Mangasport et l’AS Sogara, qui ont longtemps dominé le championnat national.9
| Jalon Historique | Événement Clé | Impact Sociologique |
| 1897 | Introduction du football par Owandault Berre | Début de l’occidentalisation des pratiques sportives 7 |
| 1927 | Premier match officiel à Libreville (Glass) | Formalisation de la compétition urbaine 7 |
| 1962 | Création de la Fédération Gabonaise de Football | Institutionnalisation du « sport roi » 7 |
| 1968 | Premier Championnat National de Football | Émergence d’une élite athlétique nationale 7 |
| 1969 | Décret n° 0060Z/PR/MJSCA/DS | Organisation légale des sports civils 10 |
| 1985 | Premier trophée international (Coupe de l’UDEAC) | Affirmation de la puissance régionale 7 |
L’Architecture Institutionnelle et le Cadre Juridique
Le système sportif gabonais repose sur une organisation pyramidale dont le sommet est occupé par le Ministère de la Jeunesse et des Sports.10 Ce dernier exerce une tutelle administrative, technique et financière sur l’ensemble du mouvement sportif national.10 Sa mission, définie par le décret de 1969, consiste à fixer le régime général des sports, à orienter les groupements sportifs et à organiser les compétitions nationales.10
Le Rôle Central du Ministère et des Organismes de Tutelle
Le Ministère est responsable de la conception et de la mise en œuvre de la politique de l’État en matière d’éducation physique et sportive (EPS), que ce soit en milieu scolaire ou civil.10 Il intervient dans la gestion des conflits sportifs en dernier ressort et veille à la formation des cadres et des élites.10 Sous sa tutelle, plusieurs organismes clés jouent des rôles spécifiques :
- Le Comité National Olympique Gabonais (CNOG) : Représentant du mouvement olympique international au Gabon, il coordonne les fédérations nationales et prépare les délégations pour les Jeux Olympiques et autres compétitions multisports.13
- L’Office National du Développement du Sport et de la Culture (ONDSC) : Créé pour succéder aux structures de gestion des grands stades, il est chargé de l’entretien des infrastructures sportives nationales et du soutien logistique aux événements.14
- La Fédération Gabonaise des Sports Scolaires (FEGASS) et l’OGSSU : Ces structures organisent la pratique sportive dans les établissements d’enseignement, servant de vivier pour la détection de jeunes talents.13
Cette architecture institutionnelle est confrontée à des défis persistants liés à la coordination entre l’État et les fédérations sportives civiles.10 La dépendance financière vis-à-vis des fonds publics constitue une faiblesse majeure, car toute contrainte budgétaire nationale se répercute immédiatement sur le déploiement des fédérations sur le terrain.2
La Transition vers la Décentralisation Sportive
Une analyse de la gouvernance actuelle révèle une volonté croissante de « municipalisation » du sport.2 Ce concept suggère une tendance à réduire l’emprise directe de l’État central au profit d’un pouvoir accru accordé aux collectivités locales pour la gestion des équipements de proximité.2 Cette décentralisation répond à une demande sociale pressante dans les quartiers populaires de Libreville et de Port-Gentil, où les jeunes, confrontés à un manque d’installations adaptées, transforment souvent les espaces libres en terrains de fortune pour le basketball ou le football.2 L’implication des municipalités est perçue comme un levier pour une meilleure adéquation entre les besoins des jeunes et l’offre d’infrastructures.15
Football : Le Cœur Battant de la Nation
Le football occupe une place prédominante dans l’imaginaire collectif gabonais. Qualifié de « sport roi », il est le principal vecteur de rassemblement des foules et d’unité nationale.1 L’équipe nationale, surnommée Les Panthères, cristallise les espoirs et les tensions de la société gabonaise.17
Les Panthères : Entre Gloire Continentale et Défis Mondiaux
L’équipe nationale a connu plusieurs ères symbolisées par ses changements de dénomination, passant de l’équipe « Azingo » à l’appellation actuelle de « Panthères » en 2000.7 Bien que le pays n’ait jamais réussi à se qualifier pour une phase finale de Coupe du Monde, il a participé à neuf reprises à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN).17 Les meilleures performances de la sélection restent les quarts de finale atteints en 1996 et en 2012, cette dernière édition ayant été co-organisée à domicile.7
La CAN 2012 demeure une référence historique. Sous l’impulsion de leur star internationale Pierre-Emerick Aubameyang, les Panthères ont réalisé un parcours exemplaire en phase de groupes, avant une élimination tragique aux tirs au but face au Mali.7 Cette compétition a non seulement démontré la capacité organisationnelle du Gabon, mais a aussi révélé une nouvelle génération de joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens, tels que Mario Lemina, Denis Bouanga ou encore Bruno Ecuele Manga, recordman de sélections avec 114 apparitions.17
| Joueur Emblématique | Poste | Record / Impact | Détails |
| Pierre-Emerick Aubameyang | Attaquant | Meilleur buteur (39 buts) | Star mondiale (Arsenal, Barcelone, OM) 17 |
| Bruno Ecuele Manga | Défenseur | Record de sélections (114 caps) | Capitaine historique et vétéran de la CAN 17 |
| Denis Bouanga | Attaquant | Meilleur buteur actuel | Pivot offensif des dernières campagnes 19 |
| Mario Lemina | Milieu | Leader technique | Expérience de haut niveau (Juventus, Wolverhampton) 19 |
À l’approche de la CAN 2025 au Maroc, les Panthères, dirigées par Thierry Mouyouma, font face au défi de briser le « plafond de verre » des quarts de finale.18 Versés dans un groupe complexe aux côtés du Cameroun et de la Côte d’Ivoire, les Gabonais cherchent à capitaliser sur leur dynamique d’invincibilité en phase de groupes qui perdure depuis 2017.20 Le renouveau de la sélection s’inscrit dans un contexte où les performances de Pierre-Emerick Aubameyang, bien qu’âgé de 36 ans, restent décisives, comme en témoigne son récent quadruplé contre la Gambie lors des qualifications mondiales.19
Le Championnat National : Entre Crises et Renaissance
Le Championnat du Gabon de Football (National Foot 1 et 2) constitue la base du football professionnel. Cependant, son histoire récente a été marquée par une instabilité chronique due à des difficultés de financement et à l’absence de subventions étatiques régulières, conduisant à l’arrêt forcé de plusieurs saisons, notamment en 2020 (pandémie) et en 2023.9
Le paysage des clubs est dominé par deux entités historiques : le FC 105 Libreville (11 titres) et l’AS Mangasport de Moanda (10 titres).9 Mangasport, soutenu par la Compagnie Minière de l’Ogooué (COMILOG), représente le modèle de réussite industrielle appliqué au sport, garantissant une stabilité financière rare dans le contexte gabonais.9 Le retour de la compétition pour la saison 2024-2025 sous un format de poule unique marque une volonté de normalisation du football local.21
| Club Dominant | Ville | Nombre de Titres | Profil |
| FC 105 Libreville | Libreville | 11 | Club historique de la capitale 9 |
| AS Mangasport | Moanda | 10 | Soutenu par le secteur minier (COMILOG) 9 |
| AS Sogara | Port-Gentil | 6 | Ancien géant lié au secteur pétrolier 9 |
| USM Libreville | Libreville | 4 | Club traditionnel de Libreville 9 |
| US Bitam | Bitam | 3 | Force régionale du Nord du pays 11 |
L’édition 2024-2025 a vu le sacre de l’AS Mangasport, consolidant sa position de dauphin historique du FC 105 et s’assurant une place en Ligue des Champions de la CAF.21 Cette reprise est cruciale pour le maintien de la condition physique des joueurs locaux susceptibles d’intégrer la sélection nationale A’ ou les catégories de jeunes.24
Les Sports de Combat : La Voie de l’Excellence Internationale
Si le football attire les foules, ce sont les sports de combat qui ont apporté au Gabon ses plus prestigieuses distinctions internationales, dont l’unique médaille olympique de son histoire.16
Le Taekwondo et le Phénomène Anthony Obame
Le taekwondo est sans conteste la discipline qui a porté le Gabon sur le toit du monde olympique. Le 11 août 2012, aux Jeux Olympiques de Londres, Anthony Obame décroche la médaille d’argent dans la catégorie des +80 kg, après une finale épique contre l’Italien Carlo Molfetta.25 Cette performance a eu un écho retentissant, transformant Obame en une véritable icône nationale et suscitant un engouement massif pour cet art martial.25
Le palmarès d’Anthony Obame, champion du monde en 2013 et double champion d’Afrique (2014, 2018), a servi de catalyseur pour toute une génération.25 En 2024, le taekwondo gabonais continue de briller avec 12 médaillés sur 16 athlètes engagés dans des compétitions continentales, et une relève prometteuse incarnée par Teddy Lessakolo, Nancy Essoughe et Emmanuella Atora.26 Le pays s’affirme comme un leader africain de la discipline, visant désormais une qualification massive pour les Jeux de Los Angeles 2028.27
La Boxe et Taylor Mabika
La boxe gabonaise jouit également d’une solide réputation internationale, portée par le succès de Taylor Mabika. En 2016, Mabika devient champion du monde des lourds-légers (versions IBU et WBF), confirmant le talent des boxeurs locaux sur la scène professionnelle.16 Avec 19 victoires dont 10 par KO, sa carrière a été une source d’inspiration pour les jeunes des quartiers populaires de Libreville, où la boxe est considérée comme un sport de masse représentatif.16 Le pays a également vu émerger d’autres talents comme Luc Bendje et Avomo Ella dans le domaine du tennis, bien que les sports de combat restent le terrain privilégié de la performance pure.3
Judo et Karaté : Tradition et Compétition
Le karaté est l’un des sports les plus pratiqués au Gabon, avec des entraînements réguliers sur les plages le week-end, une tradition qui mêle préparation physique et communion sociale.16 Des athlètes comme Mountou Taty Dan ont porté les couleurs nationales sur les podiums internationaux.16 Le judo n’est pas en reste, avec l’héritage de Mélanie Engouang, championne du monde militaire et porte-drapeau historique lors des JO de 2008.16 Plus récemment, Sarah Myriam Mazouz a maintenu cette présence sur la scène mondiale en participant aux JO de Tokyo en 2021.16
Infrastructures et Diplomatie Sportive
Le Gabon a réalisé des investissements colossaux dans ses infrastructures sportives, principalement en vue d’accueillir la CAN en 2012 et 2017.14 Ce développement s’inscrit dans le cadre d’une étroite coopération avec la République Populaire de Chine, qui a financé et construit plusieurs des stades emblématiques du pays.14
Les Grands Stades Nationaux
| infrastructure | Ville | Capacité | Particularité | Constructeur |
| Stade d’Angondjé (Amitié) | Libreville | 40 000 | Site de la finale CAN 2012 et 2017 | Shanghai Construction 14 |
| Stade de Franceville | Franceville | 22 000 | Rénové pour la CAN 2012 | État Gabonais 33 |
| Stade de Port-Gentil | Port-Gentil | 20 000 | Prix Luban 2018 (architecture) | Shanghai General Construction 31 |
| Stade d’Oyem | Oyem | 20 000 | Intègre des bureaux et un hôtel | Shanghai Construction 36 |
Le Stade d’Angondjé, inauguré lors d’un match de gala contre le Brésil en 2011, est le symbole de cette modernité.14 Cependant, la gestion post-événementielle de ces infrastructures de grande envergure constitue un défi de taille. Après la CAN 2017, la structure de gestion dédiée a été liquidée et la responsabilité transférée à l’ONDSC.14 La maintenance de ces sites, situés parfois loin des centres urbains denses comme à Oyem, nécessite des budgets de fonctionnement substantiels que l’État peine parfois à mobiliser.32
Le Scandale du Stade Omnisport Omar Bongo
Le cas du Stade Omnisport de Libreville illustre les dérives de la gouvernance passée et le manque de suivi des chantiers stratégiques. Ce projet de reconstruction, entamé en 2010 pour accueillir la CAN 2012, a fait l’objet d’un investissement de plus de 70 milliards de FCFA sans jamais être achevé.38 Considéré comme un « éléphant blanc » au cœur de la capitale, il est devenu le symbole de détournements de fonds massifs impliquant de hauts dignitaires.38 Le gouvernement de transition a récemment fait de la réhabilitation de ce stade une priorité politique, y voyant un « acte fort » pour restaurer la dignité des sportifs gabonais.6
Cyclisme et Événements Internationaux
Le Gabon s’est imposé sur l’échiquier cycliste mondial grâce à la Tropicale Amissa Bongo, créée en 2006.39 Cette épreuve, inscrite au calendrier de l’UCI Africa Tour (catégorie 2.1), est devenue la course la plus importante du continent africain.39
La Tropicale Amissa Bongo : Un Vecteur de Développement
Organisée annuellement à la fin du mois de janvier, cette course par étapes traverse plusieurs provinces du Gabon, offrant une visibilité internationale aux paysages et aux infrastructures du pays.39 Bien que dominée historiquement par des coureurs français (notamment Anthony Charteau, recordman de victoires avec trois succès consécutifs), elle a permis l’éclosion de champions africains comme l’Érythréen Natnael Berhane, premier lauréat du continent en 2014.40
L’organisation de cet événement nécessite une logistique complexe et une implication directe de l’État. Cependant, le cyclisme gabonais local peine à atteindre le niveau des nations phares comme l’Érythrée ou le Rwanda, comme en a témoigné la grève des coureurs nationaux en 2017 pour des raisons de primes impayées, entraînant des sanctions disciplinaires sévères de la part du ministère.41 L’annulation de l’édition 2024 suite au changement de régime politique marque une pause dans cette tradition, dont la reprise est attendue par les amateurs de sport de plein air.40
| Édition Notable | Vainqueur | Nationalité | Signification |
| 2006 | Jussi Veikkanen | Finlande | Lancement réussi de la première édition 39 |
| 2010-2012 | Anthony Charteau | France | Domination européenne absolue 39 |
| 2014 | Natnael Berhane | Érythrée | Première victoire historique d’un Africain 40 |
| 2023 | Geoffrey Soupe | France | Dernière édition en date avant la transition 39 |
Diversification : Basketball, Handball et Autres Disciplines
Outre le football et les sports de combat, le Gabon cherche à diversifier son offre sportive pour toucher une population jeune et urbaine de plus en plus demandeuse de nouvelles disciplines.15
Le Basketball : Une Discipline en Progression
Le basketball est très populaire dans les milieux urbains. La Fédération Gabonaise de Basketball (FEGABAB) organise des compétitions nationales, dont la Coupe du Gabon de Basketball, qui sert de qualification pour la Ligue Africaine de Basketball (BAL).42 Des clubs comme Manga BB et Espoir se disputent le leadership national.42 Sur le plan international, la sélection nationale masculine occupe le 130ème rang mondial (FIBA) et participe régulièrement aux éliminatoires de l’AfroBasket.43 Bien que les résultats soient en deçà des nations dominantes comme le Sénégal ou le Nigéria, l’émergence de talents individuels comme Junior Christopher Obame Correia Silva laisse entrevoir des perspectives de croissance.45
Le Handball : L’Élan de 2018
Le handball gabonais a connu un moment de gloire en 2018 avec l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations masculine à Libreville.46 Sous la direction de l’ancienne légende française Jackson Richardson, le Gabon a atteint la 5ème place du tournoi, sa meilleure performance historique.46 En club, l’AS Stade Mandji et Manga DFIP sont les principaux animateurs des compétitions nationales et continentales.22 Le handball féminin, bien que moins médiatisé, possède également une équipe nationale compétitive qui participe régulièrement aux championnats d’Afrique.48
Nouveaux Horizons : Badminton et Tennis de Table
Dans une volonté de diversification, la municipalité de Libreville a récemment scellé des partenariats internationaux pour introduire et renforcer la pratique du badminton, de la lutte et du tennis de table.15 Ce projet prévoit la construction d’infrastructures modernes et adaptées pour encourager une participation plus large, notamment chez les jeunes, et détecter de nouveaux talents aptes à représenter le pays sur la scène régionale.15
Le Patrimoine du Sport Traditionnel : Identité et Cohésion
Le sport au Gabon s’enracine également dans des pratiques ancestrales qui transcendent la simple dimension athlétique pour toucher au sacré et à la cohésion sociale.49
Le Songho : Le Jeu de la Sagesse
Le Songho (appartenant à la famille des mancalas) est bien plus qu’un jeu populaire ; il est un pilier de la culture gabonaise.16 Pratiqué dans les maquis, les quartiers populaires et les villages, il est un espace de dialogue intergénérationnel et de démonstration d’intelligence tactique.16 Contrairement aux sports modernes, le Songho met l’accent sur la réflexion et la patience, reflétant les structures sociales et les valeurs des communautés locales.49
Les Luttes Traditionnelles : Mesing et Opa
Les luttes traditionnelles, telles que le Mesing (Fang) et l’Opa (Myénè), sont des arts martiaux qui intègrent des dimensions rituelles profondes.51 Chez les Fang, le Mesing est un art de combat ancestral qui a historiquement servi de mécanisme de défense communautaire.52 L’initiation à la lutte comprend trois phases : la présentation aux ancêtres, la révélation des secrets techniques et la connaissance des interdits.52 Le corps du lutteur est perçu comme une construction sociale, un « bouclier » spirituel et physique dont l’agilité et la résistance sont le produit d’un entraînement mental rigoureux.52 Ces pratiques, bien que confrontées à la modernisation, restent des référents culturels essentiels pour la restauration de l’identité traditionnelle dans un monde globalisé.52
Le Sport à l’Épreuve de la Transition (2023-2025)
Depuis le 30 août 2023, le Gabon est entré dans une ère de transition politique majeure menée par le CTRI.4 Ce changement de régime a des répercussions directes sur la gestion du sport, avec une volonté affichée de rupture avec les pratiques clientélistes du passé.5
Les Réformes Stratégiques du CTRI
Le Plan National de Développement pour la Transition (PNDT) 2024-2026 identifie le développement des infrastructures sportives comme un levier de développement social inclusif.5 Le budget de l’État pour l’année 2025 prévoit des allocations significatives pour la relance des fédérations et la réhabilitation des complexes à l’abandon.6 Une mission d’audit financier a été lancée pour faire toute la lumière sur les investissements non aboutis, notamment concernant le Stade Omnisport.38
La Relance du Football National
Sous la direction du Dr André Jacques Augand, Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports de la Transition, le championnat national de football a repris ses droits en novembre 2024.24 Cette reprise, financée par l’État à hauteur de 2,3 milliards de FCFA, a nécessité des négociations intenses avec les clubs professionnels pour garantir le paiement des arriérés de salaires et l’organisation logistique des matchs de D1 et D2.54 La saison 2024-2025 s’est achevée en mai 2025, consacrant l’AS Mangasport et offrant une bouffée d’oxygène à tout l’écosystème du football local.21
| Mesure de Transition | Objectif | Statut 2025 |
| Audit des infrastructures | Identifier les détournements (Stade Omnisport) | En cours 38 |
| Financement des championnats | Relancer le football pro et amateur | Effectif (Saison 24/25 achevée) 21 |
| Soutien à l’OGSSU | Renforcer le sport scolaire | Budget décaissé 54 |
| Digitalisation des licences | Lutter contre la fraude à l’identité | Phase de test 55 |
Défis et Perspectives d’Avenir
Malgré cet élan, le sport gabonais fait face à des défis persistants. La dépendance aux subventions publiques reste totale, et le secteur privé local hésite encore à investir massivement dans le sponsoring sportif.2 De plus, le coût élevé de l’entretien des stades construits pour la CAN pèse lourdement sur les finances de l’ONDSC.14 L’enjeu pour les années à venir sera de transformer ce modèle de subvention en un modèle d’économie sportive durable, en favorisant le partenariat public-privé et en exploitant le potentiel touristique d’événements comme la Tropicale Amissa Bongo ou le Marathon du Gabon.1
Analyse Sociologique : Le Sport comme Levier de Développement
L’observation du secteur sportif gabonais permet de dégager des tendances lourdes sur l’évolution de la société. Le sport n’est plus seulement une activité de loisir, mais un instrument de réussite sociale pour une jeunesse urbaine confrontée au chômage.2
Le Sport comme École de Citoyenneté
Le Ministère de la Jeunesse et des Sports insiste sur la fonction éducative du sport : développer la discipline, le respect des règles et la maîtrise de soi.13 À travers le programme « Passerelle Jeunesse » et le renforcement du volontariat, le gouvernement tente d’utiliser le sport pour lutter contre la délinquance juvénile et favoriser l’insertion professionnelle des jeunes athlètes.56 Le sport scolaire (FEGASS) est ainsi perçu comme un terrain d’apprentissage citoyen, préparant les jeunes à vivre harmonieusement en société tout en identifiant les futurs talents.13
L’Impact des Réseaux Sociaux et des Technologies
L’accès généralisé aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) a transformé la perception du sport au Gabon.2 La retransmission en direct des grands championnats européens (Premier League, La Liga) a créé une culture de l’excellence qui pousse les jeunes Gabonais à imiter leurs idoles comme Pierre-Emerick Aubameyang.2 Cette médiatisation accrue accroît la pression sur les autorités locales pour fournir des infrastructures de qualité égale à ce que les jeunes voient sur leurs écrans.2
Conclusion sur l’État du Sport au Gabon
Le panorama du sport au Gabon en 2025 révèle une nation en pleine mutation structurelle. Si le football demeure la passion dominante, capable de paralyser le pays lors des campagnes des Panthères, les succès historiques du taekwondo et de la boxe rappellent que l’excellence athlétique gabonaise s’exprime également dans la résilience individuelle.16
L’héritage infrastructural, bien que prestigieux, impose un défi de gestion considérable à l’État, nécessitant des réformes audacieuses en matière de maintenance et de rentabilisation des équipements.6 La transition actuelle sous le CTRI offre une opportunité historique de corriger les failles du passé, en instaurant une transparence financière accrue et en redynamisant la détection des talents dès le milieu scolaire.5
L’avenir du sport gabonais dépendra de sa capacité à équilibrer la quête de résultats immédiats sur la scène internationale avec un investissement de long terme dans le sport de masse et les disciplines traditionnelles.2 En renforçant le lien entre le patrimoine culturel (Songho, Lutte) et les standards du sport moderne, le Gabon peut forger un modèle sportif unique, à la fois vecteur de fierté nationale et moteur de développement socio-économique durable. La Panthère, symbole de puissance et d’agilité, doit désormais trouver son équilibre entre le rugissement des stades et la discipline des salles d’entraînement pour continuer de porter haut les couleurs du pays sur les podiums mondiaux.7
